
ENTREVUE AVEC SYLVAIN GAUTHIER
Il y a des parcours musicaux qui suivent une ligne bien droite. Et puis il y a ceux, plus rares, qui mêlent rigueur, instinct, famille, blessures, travail acharné et besoin viscéral de créer. Le chemin de Félix Gore fait partie de cette deuxième catégorie.
Né à Montréal, grandi à Lorraine et installé à Boisbriand depuis plus de dix ans, Félix Gore écrit surtout en français, même si sa toute première chanson était en anglais. Guitariste, pianiste de formation et aussi comptable professionnel agréé, il incarne parfaitement ce mélange entre structure et sensibilité.
Lui-même résume ça avec humour :
« Je suis comme un mini-wheat. J’ai le côté plus sérieux, puis le côté un peu plus givré, artiste, humour, musique. »
Et cette image lui va drôlement bien.
Une famille où la musique faisait déjà partie du décor
Chez Félix Gore, la musique n’est pas arrivée par hasard. Elle faisait déjà partie de l’ADN familial.
Sa grand-mère, du côté des Gore, jouait du violon et a même fait partie de l’Orchestre symphonique de Laval. Son père, lui, était guitariste, avec une vraie passion pour le blues. Pas simplement quelques accords grattés au passage, mais un musicien capable de jouer du lead avec sérieux et talent.
Grandir dans un tel environnement, ça laisse des traces. Très tôt, Félix a donc touché à la musique, d’abord par le piano. Vers l’âge de 6 ou 7 ans, il suit une année de cours. Et pas sur un petit clavier de salon. À la maison, il y avait un vrai piano à queue.
Ce genre de détail dit beaucoup sur l’importance que la musique occupait dans son univers.
Du piano à la guitare : un virage presque inévitable
Même s’il a commencé avec le piano, c’est finalement la guitare qui a pris toute la place.
Le choix a quelque chose de très naturel. D’abord parce que la guitare est plus spontanée, plus facile à traîner, plus proche aussi d’un certain imaginaire adolescent. Et oui, il y a eu cette anecdote savoureuse qui résume bien l’époque : jouer Wonderwall à une fille qui lui plaisait beaucoup semble avoir eu son petit effet.
Disons que, pour un adolescent, c’est une excellente façon de confirmer qu’on est peut-être sur la bonne voie.
Félix commence ses cours de guitare vers 15 ans. Deux ans plus tard, à 17 ans, il écrit sa première chanson. Et comme souvent, cette première vraie création naît dans un moment de bouleversement.
La première chanson : écrire pour dire ce qu’on n’arrive pas à dire autrement
La toute première composition de Félix Gore est née d’une peine d’amour. Rien d’exceptionnel, en apparence. Sauf que pour lui, cette chanson a joué un rôle fondateur.
À l’époque, il n’était pas quelqu’un qui exprimait facilement ses émotions à voix haute. Écrire lui a donc permis de mettre des mots sur ce qu’il vivait, de sortir ce qui restait coincé à l’intérieur.
C’est souvent comme ça que les auteurs-compositeurs commencent vraiment à se découvrir : non pas parce qu’ils veulent « faire une chanson », mais parce qu’ils ont besoin de se comprendre eux-mêmes.
Une fois cette porte ouverte, Félix ne l’a plus vraiment refermée. L’écriture s’est installée dans sa vie de manière durable.
Pourquoi il écrit majoritairement en français
Fait intéressant, sa première chanson n’était pas en français, mais en anglais. Elle s’intitule Hope.
Cette chanson a longtemps eu une place bien particulière dans son entourage. Dans les soirées entre amis, autour d’un feu, avec une guitare, quelques guimauves et un peu de bière, c’était souvent elle qui revenait en demande spéciale.
Mais malgré l’attachement à cette pièce, Félix a ensuite choisi d’écrire principalement en français. La raison est simple : c’est dans cette langue qu’il se sent le plus juste, le plus nuancé, le plus libre aussi.
Ce n’est pas un rejet de l’anglais. C’est plutôt la reconnaissance que, pour parler vrai, il vaut mieux utiliser la langue dans laquelle on respire naturellement.
Chaviré : un premier album construit avec patience et conviction
Le premier album de Félix Gore, Chaviré, n’est pas arrivé du jour au lendemain. Il a pris forme plusieurs années après ses débuts en écriture, au moment où il avait accumulé assez de chansons solides pour en faire un vrai projet cohérent.
Ce qui ressort de son approche, c’est une mentalité d’initiative. Félix n’est pas du genre à attendre qu’un concours, un gérant ou une validation extérieure vienne lui donner la permission d’avancer.
Quand il croit en une idée, il fonce.
C’est une constante dans son parcours. Au lieu d’attendre d’être choisi, il choisit lui-même de faire exister ses projets.
Le projet avec la SAAQ : quand une chanson devient un outil de sensibilisation
Parmi les chansons de Chaviré, il y en a une qui a connu un destin particulièrement marquant : La grosse tête.
Cette pièce s’inspire de jeunes téméraires, de ceux qui se croient invincibles, prennent le volant après avoir bu, roulent trop vite et finissent par payer le prix fort. Félix y raconte l’histoire d’un jeune homme beau, populaire, admiré, presque modèle aux yeux des autres, jusqu’au moment où un accident fait tout basculer.
Le passage du « plus hot » au « moins hot » devient alors brutal. Et justement, c’est ce renversement qui donne à la chanson sa force.
Voyant le potentiel du thème, Félix a eu l’idée de proposer la chanson à la SAAQ. Son intuition était claire : cette pièce pouvait servir de base à une campagne de sensibilisation sur la vitesse et l’alcool au volant, dans un esprit rappelant certaines campagnes marquantes de l’époque.
Il envoie donc un courriel, partage la chanson et présente son idée. La réponse arrive rapidement. On lui dit que la chanson est excellente et on lui demande ce qu’il souhaite concrètement mettre en place.
La suite est impressionnante. Il est invité au bureau-chef à Québec pour présenter son projet. Quelques mois plus tard, il obtient une entente lui permettant de tourner un vidéoclip à vocation non commerciale, centré sur la prévention routière.
L’expérience de tournage l’a profondément marqué :
- Une journée complète de production, de 8 h 30 à 23 h
- Une transformation visuelle pour cadrer avec le personnage du jeune protagoniste
- Une voiture réellement détruite pendant le tournage, devant lui
- Une diffusion concrète dans des écoles secondaires, notamment à l’approche des bals de finissants
Le vidéoclip a cumulé des dizaines de milliers de visionnements sur YouTube, autour de 52 000, ce qui est déjà significatif. Mais au-delà des chiffres, c’est surtout son impact qui retient l’attention.
La chanson a été intégrée à une trousse vidéo de sensibilisation d’environ vingt minutes présentée dans les écoles secondaires. Le message était simple et crucial : oui, célébrer, sortir et faire la fête, c’est normal. Mais il faut mesurer les conséquences de certains choix.
Encore plus touchant, Félix a reçu des messages de personnes ayant elles-mêmes été impliquées dans des accidents. Des témoignages de blessures, de traumatismes et de vies bouleversées. Quand une chanson rejoint des gens à ce niveau-là, on n’est plus seulement dans l’art. On est dans quelque chose d’utile, de concret, de profondément humain.
2025 : quatre nouvelles chansons et un nouvel élan créatif
En 2025, Félix Gore revient avec quatre nouvelles compositions. Cette sortie prend presque la forme d’un mini-EP, porté notamment par Le vent dans les voiles.
L’origine de ce projet est très fidèle à sa manière de fonctionner. Certaines chansons existaient déjà depuis quelques années, mais n’avaient jamais été enregistrées. Puis, à la suite d’une période plus difficile sur le plan personnel, il décide qu’il est temps de passer à l’action.
Pas de demi-mesure. Il va en studio et enregistre quatre chansons.
Pour donner vie à ce nouveau matériel, il prend le temps de chercher les bons collaborateurs, notamment du côté de la réalisation et des musiciens. Il s’entoure de deux créateurs dans la trentaine qu’il juge très talentueux et très inspirants.
De ce travail naissent :
- Le vent dans les voiles
- Une dernière danse
- Le matin d’hiver
- une quatrième nouvelle pièce issue de la même session
Il parle de ces chansons comme de ses petits bébés. Et ça s’entend. Il y a dans cette sortie une fierté tranquille, mais très réelle.
Une réédition de Chaviré en 2026 ? Oui, c’est dans l’air
Félix réfléchit aussi à revisiter certaines chansons de son album Chaviré en 2026.
Rien n’est arrêté à 100 %, mais une chanson revient déjà dans ses idées : Audrey. Il aimerait notamment refaire la voix, estimant que son interprétation a gagné en maturité avec le temps.
L’idée n’est pas seulement de réenregistrer. Il pense aussi, possiblement, retravailler certains riffs et actualiser le son de quelques pièces pour qu’elles résonnent davantage avec la production musicale d’aujourd’hui.
Autrement dit, il ne s’agirait pas d’un simple copier-coller plus propre. Le but serait plutôt de garder l’essence des chansons tout en leur donnant une nouvelle vie.
Une dernière danse : une chanson née au fond d’un sous-sol et d’un chagrin bien réel
S’il y a une chanson qui cristallise bien la démarche de Félix Gore, c’est probablement Une dernière danse.
Cette pièce est directement inspirée d’une rupture avec une femme avec qui il a partagé une relation sérieuse de quatre ans. Le texte a été écrit dans un petit appartement, un 2 ½ en sous-sol, dans l’obscurité d’un mois de février, avec tout ce que ce décor peut porter de froid, de silence et de mélancolie.
Le contexte était parfait pour laisser sortir les émotions. Et elles sont sorties pour vrai.
Au moment de composer la chanson, Félix n’était même pas capable de la terminer sans craquer. Il la jouait à la guitare, puis s’arrêtait pour pleurer. Ce détail dit tout sur le niveau d’authenticité de l’écriture.
Ce qui le rend particulièrement fier du résultat, c’est aussi la construction musicale de la pièce. Une dernière danse commence de façon très douce, presque fragile, avec la voix et le piano. Puis elle prend de l’ampleur. L’intensité monte progressivement jusqu’à devenir un véritable tourbillon émotionnel.
Dans son esprit, cette montée s’inscrit dans une esthétique proche de chansons comme :
- Fix You de Coldplay
- My Immortal d’Evanescence
Pas une copie, bien sûr, mais une même volonté de partir de l’intime et d’aller vers quelque chose de grand, ample, presque cathartique.
Où écouter la musique de Félix Gore
Toute la musique de Félix Gore est disponible sur les principales plateformes numériques. On peut retrouver ses chansons sur :
- Spotify
- Apple Music
- iTunes
- Amazon Music
- YouTube
Il est aussi possible de suivre son actualité sur sa page Facebook ainsi que sur son site officiel : felixgore.com.
Comme pour bien des artistes indépendants, le bouche-à-oreille reste essentiel. Ajouter ses chansons à ses playlists, les partager et en parler autour de soi, c’est encore l’un des plus beaux gestes de soutien qu’on puisse poser.
Les spectacles à venir
Au moment où il fait le point sur ses projets, Félix traverse une courte période plus tranquille du côté des spectacles. Son prochain rendez-vous annoncé est en juin, à Saint-Colomban, dans le cadre d’un marché public.
Au programme : un mélange de reprises et de compositions originales. Une formule qui lui permet à la fois de créer un lien immédiat avec le public et de faire découvrir son univers personnel.
Un parcours atypique, mais profondément cohérent
Le parcours de Félix Gore peut sembler atypique sur papier. Un musicien qui est aussi comptable professionnel agréé, ce n’est pas exactement le cliché habituel de l’artiste. Mais dans les faits, tout ça se tient très bien.
Il y a chez lui un mélange de discipline et d’élan, de structure et d’émotion. Une capacité à bâtir ses projets avec sérieux, sans perdre le côté instinctif qui nourrit l’écriture.
Au fond, ce qui relie toutes les facettes de son parcours, c’est peut-être ça : la volonté de transformer quelque chose de personnel en quelque chose qui rejoint les autres. Une peine d’amour devient une chanson. Une chanson devient un album. Un morceau sur la témérité au volant devient un outil de prévention. Et de nouvelles blessures deviennent de nouvelles œuvres.
Félix Gore avance comme il compose : avec franchise, avec sensibilité, et sans attendre qu’on lui ouvre la porte avant de commencer à marcher.
Écouter l’entrevue intégrale avec Félix et sa chanson « Une dernière danse ».
