
ENTREVUE AVEC SYLVAIN GAUTHIER
Laurence Bay fait partie de cette nouvelle génération d’artistes québécoises capables de passer d’un univers à l’autre avec une aisance naturelle. Auteure-compositrice-interprète, comédienne, diplômée de l’École nationale de la chanson en 2024, finaliste du concours Chante en français au Théâtre Plaza, elle trace son chemin avec une identité artistique à la fois douce, solide et lumineuse.
Ce qui frappe chez elle, c’est justement cette polyvalence. Elle écrit, elle chante, elle joue, elle anime, elle travaille auprès des enfants, elle touche à la publicité, et elle développe maintenant une proposition musicale qui assume pleinement une couleur country-folk ancrée dans l’émotion.
Portrait d’une artiste en pleine ascension, avec un regard sur son parcours, ses influences et sa toute première sortie officielle, Sœur Cosmique.
Une artiste qui ne se limite pas à un seul médium
Avant même de parler de musique, il faut comprendre une chose importante à propos de Laurence Bay : son parcours ne se résume pas à la chanson. Elle évolue aussi dans le milieu du théâtre jeunesse, notamment avec Animation Clin d’œil.
Depuis environ deux ans, elle participe à des spectacles destinés aux enfants, présentés dans des garderies, des bibliothèques et différentes municipalités. Il s’agit de courtes pièces d’environ 40 minutes, pensées pour être interactives et vivantes.
Cette expérience nourrit clairement sa présence scénique. Le théâtre jeunesse demande une énergie particulière : il faut capter l’attention rapidement, rester vrai, être souple dans le jeu et garder un lien constant avec le public. Pour une artiste de scène, c’est une école formidable.
Et chez Laurence, ça se sent. Elle parle de cet univers avec beaucoup d’enthousiasme, comme d’un terrain de jeu créatif où elle peut à la fois interpréter, bouger, chanter et raconter.
De la publicité au jeu : un intérêt marqué pour l’interprétation
On a aussi pu la voir dans une campagne publicitaire de Wawanesa, dans le rôle de Sylvie. Une expérience différente, plus brève, mais visiblement marquante. Il y a quelque chose d’assez particulier à tourner une publicité, puis à se retrouver plus tard à tomber sur sa propre image en ligne ou ailleurs. C’est une autre facette du métier, plus ponctuelle, mais qui ajoute à l’expérience de jeu.
Et quand on lui parle d’avenir comme comédienne, l’intérêt est bien là. Oui, des rôles plus importants à la télévision ou au cinéma pourraient l’intéresser, mais ce qui l’attire encore davantage, c’est le théâtre musical.
Ce n’est pas un hasard. Laurence a étudié en théâtre musical, et cet amour du chant lié au jeu demeure très présent dans son parcours. Elle mentionne aussi participer à des spectacles pour enfants inspirés de la K-pop, avec chant et danse, ce qui confirme à quel point elle aime les formes artistiques complètes, où la musique, le mouvement et l’interprétation se rencontrent.
Dans son cas, la comédie musicale n’est pas un détour. C’est une suite logique.
L’École nationale de la chanson : une année exigeante et transformatrice
Être diplômée de l’École nationale de la chanson en 2024 marque une étape importante dans son développement. Laurence parle de cette période comme d’une expérience à la fois très enrichissante et un peu effrayante. Ce mélange en dit long sur l’intensité de l’aventure.
Elle faisait partie des 14 élèves retenus cette année-là, et elle était la seule à ne pas habiter à Granby. Cela veut dire déplacements constants, organisation serrée, fatigue, adaptation. Certains jours, il fallait même dormir chez des amis pour que tout tienne.
Mais au-delà des apprentissages techniques en composition et en interprétation, ce qu’elle retient surtout, c’est ce que cette année lui a appris sur elle-même.
« J’ai appris beaucoup, beaucoup de choses. Oui, sur la composition. Mais je te dirais, surtout sur moi-même. »
Cette phrase résume bien ce que ce genre de formation peut provoquer. On y développe un métier, bien sûr, mais on y affine aussi son identité, sa discipline, sa confiance et sa capacité à prendre sa place.
Autre élément révélateur : elle parle encore avec chaleur des gens rencontrés là-bas. Les liens créés pendant cette année semblent avoir laissé une empreinte durable.
Chante en français : une finale marquante et un prix pour le texte
En parallèle de sa formation, Laurence a aussi participé au concours Chante en français au Théâtre Plaza. C’était la dernière année où elle pouvait s’inscrire selon la limite d’âge de l’époque, alors elle a tenté sa chance.
Bonne décision : elle a été retenue comme finaliste. La soirée a été encore plus mémorable grâce à une reconnaissance importante, soit le prix du meilleur texte pour sa chanson Les géants. Pour une auteure-compositrice, recevoir un tel prix n’a rien d’anodin. Cela confirme que l’écriture n’est pas simplement un complément à l’interprétation, mais un point fort de sa démarche artistique. Dans un milieu où la chanson repose souvent sur l’authenticité, la justesse des mots et la capacité de toucher, cette distinction vient valider quelque chose d’essentiel : Laurence sait raconter.
Le Festival de la chanson de Saint-Ambroise : de belles rencontres et une fidélité au milieu
Son parcours l’a aussi menée au Festival de la chanson de Saint-Ambroise, où elle a participé à trois reprises, en 2021, 2022 et 2024. Chaque fois, elle s’est rendue en demi-finale.
Au-delà du résultat, elle garde de ce festival un souvenir particulièrement précieux. Elle y a fait de nombreuses rencontres importantes, des liens qui se poursuivent encore aujourd’hui. C’est souvent ce qu’apportent les festivals de chanson : un espace d’apprentissage, de réseautage et de reconnaissance mutuelle entre artistes qui avancent chacun à leur manière.
On sent chez elle un attachement sincère à ce type d’événements. Non seulement pour les occasions qu’ils créent, mais aussi pour la communauté qu’ils rassemblent.
Des premières compositions déjà bien ancrées dans un univers folk
Avant sa sortie officielle, Laurence Bay avait déjà partagé plusieurs chansons originales en ligne, en plus de quelques reprises. Parmi les titres évoqués, on retrouve notamment :
- Un des bons
- Le phare
- Je m’accroche à toi
- Le lilas
- La tête haute
- Vert forêt
Ces chansons révèlent un univers plus folk acoustique, porté par la guitare, le fingerpicking, la douceur et une voix apaisante. C’est une esthétique de proximité, presque intime, où la chanson respire.
Laurence explique que, dans ses débuts en composition, elle écrivait davantage dans cette direction. Et même si son son évolue, elle n’abandonne pas cet ADN-là. Au contraire, certaines de ces compositions pourraient être retravaillées et enregistrées officiellement dans le cadre d’un futur projet, possiblement un EP au cours de la prochaine année si les conditions le permettent.
Cette idée est intéressante, parce qu’elle laisse entrevoir une continuité entre ses premières chansons maison et ce qu’elle construit aujourd’hui de façon plus professionnelle. Son parcours ne commence pas avec un virage brusque. Il se développe organiquement.
Sœurs Cosmiques : une première chanson officielle profondément personnelle
La pièce Sœurs Cosmiques occupe une place toute particulière dans le parcours de Laurence Bay, puisqu’il s’agit de sa première chanson lancée officiellement. Et le choix du sujet est tout sauf anodin.
Elle l’a écrite pour sa sœur. Plus précisément, comme une promesse de rester présente pour elle malgré la distance. L’une vit à Montréal, l’autre à Québec, ce qui rend les contacts moins fréquents qu’avant. Cette réalité a nourri une chanson sur le lien, la fidélité et l’attachement.
Mais Sœurs Cosmiquse ne parle pas seulement d’un lien familial au sens strict. Laurence décrit sa sœur comme une sorte d’âme sœur. D’où ce mot, cosmique, qui dépasse le simple lien de sang pour évoquer quelque chose de plus profond, presque instinctif, presque invisible, mais très réel.
« Ma sœur, ça a toujours été un peu mon âme sœur. »
C’est probablement ce qui donne à la chanson sa force. Elle part d’une expérience très personnelle, mais elle touche à quelque chose d’universel : le besoin de rester lié à ceux qu’on aime, même quand la vie éloigne, même quand le rythme change.
Un virage country assumé, sans perdre la délicatesse
Avec Sœur Cosmique, Laurence explore plus clairement une couleur country qu’elle aime depuis longtemps, mais qu’elle n’avait pas encore vraiment investie dans son écriture.
Son passage à l’École nationale de la chanson l’a aidée à ouvrir cette porte. Elle y a davantage exploré ce côté-là de son identité musicale, jusqu’à sentir que cette chanson-ci était la bonne pour l’assumer pleinement.
Le résultat semble avoir été soigneusement pensé. La réalisation a été confiée à Rob Langlois, et le mixage et matriçage à Fred St-Gelais. Laurence souligne à quel point elle est heureuse de cette équipe et du résultat final. On comprend aussi que certains détails sonores comptaient beaucoup pour elle, notamment la présence de la mandoline et cette couleur douce, lumineuse, presque printanière. Ce n’est pas un country démonstratif ou chargé. C’est un country sensible, délicat, porté par la sincérité. Cette orientation convient parfaitement à sa plume et à sa voix. Elle ne cherche pas à forcer une image ou une posture. Elle laisse simplement ses influences trouver leur place dans un cadre plus affirmé.
Pourquoi la chanson touche autant
Ce qui ressort de Sœurs Cosmiques, c’est sa capacité à inspirer une émotion calme. La chanson semble faite pour accompagner un moment de lumière, un changement de saison, une respiration plus douce. Elle arrive avec une forme de tendresse qui n’a rien de mièvre.
Si elle fonctionne, c’est parce qu’elle repose sur plusieurs éléments simples, mais essentiels :
- Une intention claire : écrire à sa sœur, sans détour
- Une image forte : le lien cosmique comme prolongement du lien familial
- Une interprétation douce : fidèle à la personnalité vocale de Laurence
- Une production bien dosée : country, mais subtile
- Une authenticité évidente : rien ne semble fabriqué
C’est souvent ce qu’on cherche dans la chanson d’auteur : une émotion précise, portée avec assez de simplicité pour devenir universelle.
Une présence active sur les plateformes et les réseaux sociaux
Sœurs Cosmiques est offerte sur les plateformes numériques, et Laurence Bay maintient aussi une présence active sur plusieurs réseaux sociaux. On peut la retrouver sur :
- TikTok
- YouTube
Sa chaîne et ses comptes permettent de découvrir différentes facettes de son travail, notamment des reprises et des vidéos partagées plus intensément pendant la pandémie. À cette période, elle s’est beaucoup réfugiée dans la création de contenu musical, ce qui a enrichi sa présence en ligne et documenté une partie de son évolution artistique.
Un site web est également en préparation, ce qui devrait faciliter l’accès à ses projets, à sa musique et à ses nouvelles dates.
Des spectacles à venir, surtout sur la Rive-Sud de Montréal
Laurence annonce aussi un bel été de spectacles, principalement en formule chansonnière, surtout sur la Rive-Sud de Montréal. Elle précise toutefois qu’elle compte y intégrer plusieurs compositions originales, ce qui est une excellente nouvelle pour celles et ceux qui souhaitent découvrir son répertoire au-delà des reprises.
Cette formule semble lui convenir parfaitement pour le moment. Elle lui permet de rester près du public, d’explorer ses chansons sur scène et de continuer à bâtir son identité artistique dans un cadre souple et humain.
Une artiste à suivre de près
Ce qui rend le parcours de Laurence Bay particulièrement intéressant, c’est la cohérence entre toutes ses facettes. Le théâtre jeunesse, le théâtre musical, la publicité, les festivals, l’écriture, la chanson folk, le virage country, tout cela pourrait sembler dispersé sur papier. Pourtant, chez elle, l’ensemble forme quelque chose de très naturel.
On retrouve toujours les mêmes fils conducteurs :
- le goût du récit
- la proximité avec l’émotion
- la présence scénique
- la douceur sans effacement
- une vraie curiosité artistique
Avec une première chanson aussi personnelle que Sœurs Cosmiques, un bagage déjà riche pour une artiste émergente, et un désir clair de continuer à écrire, jouer et se produire, Laurence Bay s’impose comme un nom à retenir dans la chanson québécoise actuelle.
Et si la suite reste à écrire, une chose est déjà certaine : elle avance avec cœur, avec métier, et avec une voix qui sait laisser sa trace sans jamais hausser le ton.
Écouter l’entrevue intégrale et la chanson « Soeurs Cosmiques ».
