Phil Lauzon : « Notre façon de s’aimer »

Phil Lauzon 600 x315

ENTREVUE AVEC SYLVAIN GAUTHIER
PHOTO Gracieuseté de Blacky Patsy

J’ai longtemps chanté surtout en anglais. Aujourd’hui, j’ai envie de faire entendre davantage le français, ma langue maternelle, sans laisser de côté le country, le folk et le rock qui m’accompagnent depuis mes débuts. Ma nouvelle chanson, « Notre façon de s’aimer », ouvre cette porte-là. Elle raconte aussi quelque chose de très personnel : la vie qu’on apprend à construire à deux quand les choses ne se passent pas comme prévu.

« Notre façon de s’aimer », une chanson née d’une conversation

La chanson a été écrite et composée par Steve Veilleux, le chanteur de Kaïn. C’est quelqu’un que j’admirais déjà à l’adolescence, alors recevoir une chanson de lui, ça a quelque chose de spécial. Tout a commencé presque comme une blague. Après une histoire qui nous était arrivée, je lui avais lancé qu’il me devait une chanson. Un an ou deux plus tard, je lui ai demandé s’il était sérieux. On a fini par se rencontrer pour en parler.

J’étais arrivé avec des idées, mais notre conversation a pris une autre direction. Je lui ai parlé de ma femme, de notre petit gars qui est athlète et de ma maladie dégénérative. Avec le temps, on a dû organiser notre vie autrement que ce qu’on avait imaginé. Je lui ai dit qu’on avait développé notre façon de s’aimer. Steve a tout de suite reconnu le titre. Le lendemain matin, la chanson était prête. Il avait pris des notes pendant qu’on parlait, et j’ai retrouvé beaucoup de cette conversation dans les paroles. Même après l’avoir enregistrée et réécoutée souvent, elle me touche encore.

Je ne voulais pas que cette chanson parle uniquement aux personnes qui vivent avec une maladie. Un couple peut devoir se réinventer pour toutes sortes de raisons. Ce qui compte, c’est de trouver une manière d’avancer ensemble malgré les coups durs, et, je l’espère, de se reconnaître dans cette histoire. Steve signe l’écriture et la musique. De mon côté, j’ai travaillé à l’enregistrement et aux arrangements avec Martin Aubin et Jean-Pierre Malin, mon collaborateur à la réalisation et à la production de l’album qui s’en vient.

Vivre avec la maladie sans mettre la musique sur pause

Je vis avec une forme rare de dystrophie musculaire. Son évolution est lente, plus lente que ce que je craignais lorsque j’ai appris le diagnostic. Ça me donne le temps de m’adapter, mais ça ne veut pas dire que rien ne change. D’une année à l’autre, certaines choses deviennent plus difficiles et je dois parfois trouver des aides techniques ou une autre manière de faire.

Sur scène, par exemple, je dois faire attention à mon équilibre. Un geste aussi spontané que de taper dans la main de quelqu’un peut comporter un risque si la personne me tire vers elle sans le vouloir. Ce sont de petits détails, mais ils changent ma façon de bouger pendant un spectacle.

Pendant un temps, j’essayais de deviner quand je devrais arrêter. Je me disais parfois que ce serait peut-être l’année suivante. Mais planifier constamment la fin finissait par m’empêcher d’avancer. En musique, on prépare des chansons, un album et des spectacles longtemps d’avance. J’ai choisi de continuer à faire des projets tant que je peux les porter.

Je ne sais pas si je pourrai réaliser tout ce que j’ai en tête. Pour l’instant, je suis encore capable de faire mon métier, et chaque spectacle compte. Quand viendra le moment de m’arrêter, je pourrai en parler aux gens. D’ici là, je veux avoir été jusqu’au bout plutôt que de m’être freiné par peur de les décevoir.

Pourquoi chanter davantage en français?

Ma route anglophone a été une belle occasion. J’ai fait beaucoup de reprises et de spectacles comme chansonnier, puis j’ai travaillé avec des gens qui entendaient ma musique au-delà du Québec. Cette période m’a apporté de belles réussites, et je ne la renie pas. J’ai aussi eu envie de produire de la musique par mes propres moyens, plus près de chez moi. Avec les limites que m’impose la maladie, parcourir de longues distances est moins simple qu’avant. Je suis bien au Québec, et le français est ma langue maternelle.

Une phrase qu’un jeune m’a dite a contribué à faire tomber une barrière : que la chanson soit en français ou en anglais, si elle est bonne, les gens vont l’écouter. Ça m’a encouragé à essayer le français à ma manière, sans décider que je ne chanterai plus jamais en anglais. « Notre façon de s’aimer » montre le côté plus doux de cette direction. D’autres chansons seront plus rythmées. J’aime autant les ballades que le rock, et j’ai envie que ce mélange folk, country et rock se fasse entendre dans ce qui vient.

Une carrière construite une étape à la fois

Mon passage à La Voix, dans l’équipe d’Éric Lapointe en 2014, a été marquant. Mais je ne vois pas ma carrière comme le résultat d’un seul grand moment. Sans grosse équipe de production derrière moi, j’ai avancé grâce à une suite de petites victoires qui ont peu à peu agrandi mon public.

Il y a eu les chansons, dont « Break My Heart » et « Fan Girl », les écoutes sur les plateformes, la reconnaissance de l’industrie avec un prix Willie dans la catégorie album autre langue, et surtout les rencontres faites de spectacle en spectacle. Le projet autour des chansons de Luke Combs a pris une place immense dans ce parcours. Après plus de 235 représentations, j’ai toutefois envie de lui donner une pause pour consacrer mon énergie à un nouveau spectacle.

« Vingt ans sur la route », un spectacle qui rassemble toutes mes couleurs

J’ai commencé à jouer de la musique vers seize ans. En 2026, ça représentera environ vingt ans sur la route. Pour souligner ça, je prépare un spectacle qui ne se limitera pas à une seule époque de ma vie.

Le country restera majoritaire, parce que c’est mon style préféré. Mais j’ai aussi envie de retrouver des chansons rock, québécoises et western que j’ai jouées au fil des années. Il pourrait même y avoir du Metallica et du punk. Certaines personnes m’ont connu dans une période plus rock, d’autres avec les chansons de Luke Combs. Je veux rassembler tout ce monde-là dans un même party, avec mes propres chansons au milieu.

Ce spectacle sera aussi une transition vers mon prochain album. Le français prendra progressivement plus de place sur scène, pendant que je continuerai à montrer toutes les facettes de ma musique.

Les spectacles déjà prévus se poursuivent avant ce changement de cap, y compris quelques dates qui restent au calendrier en 2027. Ensuite viendra le rodage de « Vingt ans sur la route », avec l’idée de l’amener dans les festivals. Pour moi, c’est une belle façon de célébrer le chemin parcouru tout en continuant à regarder devant.

Écouter l’entrevue intégrale avec Phil Lauzon et sa nouvelle chanson « Notre façon de s’aimer ».