
ENTREVUE AVEC SYLVAIN GAUTHIER
Dans le sud-est du Nouveau-Brunswick, le nom ABOiTEAU est partout. Il y a la plage, le quai, les pêcheries. Quand il a fallu nommer le nom du groupe, on n’avait pas besoin de chercher bien loin : c’était le nom de notre coin de pays. Ça nous ressemblait aussi. Un aboiteau fait partie du patrimoine acadien : c’est un ouvrage de digue muni d’un clapet qui permet de gérer l’eau sur les terres soumises aux marées. Nous, on aime dire qu’en spectacle, on ouvre le clapet pour laisser entrer le monde, puis on essaie de garder cette énergie-là avec nous jusqu’à la dernière chanson.
Un son où chacun apporte son monde
Aboiteau, ce n’est pas un groupe où tout le monde arrive avec les mêmes influences. Wesley LeBouthillier joue de la guitare électrique et m’accompagne depuis les débuts. Il apporte son côté rock, parfois même heavy metal. À la basse, Bruno LaPlante amène une couleur plus country et québécoise.
Janelle Melanson donne au groupe une bonne partie de sa saveur celtique avec son violon et le rythme de ses pieds. Dany Boucher, originaire de la région de Caraquet, apporte une autre dose de rock à la batterie. Des fois, il faut lui demander de jouer un peu moins fort, mais c’est aussi cette énergie qu’on aime!
Moi Christan Brideau, je chante et je raconte. J’ai étudié trois ans au Québec, en Gaspésie et aux Îles, et j’en ai ramené un goût pour les chansons qui ont quelque chose à dire. J’aime autant cette façon québécoise de raconter que l’énergie des chansons acadiennes de groupes comme 1755. Entre les morceaux, je prends souvent le temps de parler. Il m’arrive peut-être d’en dire trop, mais une bonne histoire, ça fait partie du plaisir.
Notre musique s’est construite autour de tout ça. Il fallait trouver un son que les cinq membres auraient envie de jouer : du folk traditionnel, du rock celtique, un peu de country et beaucoup d’élan. On ne voulait pas choisir entre le violon et la guitare électrique. On voulait voir ce qui arriverait en les faisant jouer ensemble.
Des soirées de garage aux scènes d’ailleurs
Aboiteau a commencé vers 2002, sans grand plan de carrière. On se réunissait le mercredi soir pour jouer, un peu comme dans un party de garage. La vie a ensuite imposé ses pauses : les enfants, puis la pandémie. Mais le goût de faire de la musique ensemble est resté.
Depuis notre retour, on a eu la chance de porter nos chansons bien au-delà des Maritimes. En 2023, nous avons remporté trois prix à la Francofête en Acadie, dont une tournée RADART, ainsi qu’un prix à Acadie-France. Nous nous sommes aussi produits en France, notamment à Pause Guitare, au Festival interceltique de Lorient et à la Semaine acadienne en Normandie. Notre route nous a également menés en Angleterre, au festival Gate to Southwell.
C’est toujours un beau sentiment d’amener un morceau de l’Acadie ailleurs. On apporte nos instruments, bien sûr, mais aussi nos expressions, nos personnages et nos histoires de village.
Des chansons pour faire vivre les histoires d’ici
Notre premier album, C’est l’histoire de, est sorti le 15 mars 2024. Le titre annonce bien ce qu’on y trouve : des chansons peuplées de figures historiques, de personnages folkloriques et de récits qui circulent chez nous. Samuel de Champlain, le capitaine Joe La bague et le bonhomme Sept Heures y côtoient d’autres histoires ancrées dans l’imaginaire acadien.
Dans notre chanson sur Champlain, on fait notamment place à la Gougou, une créature légendaire associée à l’île de Miscou et à la baie des Chaleurs. Ce qui m’intéresse dans un récit comme celui-là, c’est la manière dont une légende traverse le temps. On peut chanter un personnage connu de l’histoire tout en laissant de la place au mystère et à la tradition orale du territoire.
J’aime aussi aller chercher les personnages plus près de nous. Dans les petits villages, il y a toujours quelqu’un qui se démarque, quelqu’un dont on raconte encore les aventures. Ces gens-là méritent eux aussi leur place dans une chanson.
Encore des histoires à raconter
Quand nous avons préparé la suite de l’album, son titre s’est presque imposé : C’est l’histoire de, tome 2. Il y avait peut-être une petite idée de marketing là-dedans, mais surtout une raison bien simple : je n’avais pas fini de raconter.
Les chansons étaient écrites et la préproduction était terminée au moment où nous nous préparions à entrer en studio. Cette fois encore, on voulait varier les couleurs. Certains morceaux penchent davantage vers le country et le celtique, avec un peu moins de guitare électrique; d’autres gardent cette poussée rock qui fait partie de nous.
Après l’enregistrement, le plan était de reprendre la route pour présenter ces nouvelles histoires, avec des arrêts prévus à Tracadie, à Québec et à Montréal. C’est là que nos chansons prennent toute leur vie : quand le violon part, que le groupe embarque et que les histoires de chez nous rencontrent du monde d’ailleurs.
Pour suivre la musique et les prochaines nouvelles du groupe, rendez-vous sur aboiteau.ca.
Cliquer-ici pour entendre l’entrevue complète avec Christian Brideau du groupe ABOiTEAU et la chanson « Sam de Champlain ».
